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Est-ce le fait d'avoir eu
naguère comme illustre citoyen un pape, Léon IX, né en 1002 et mort à Rome en 1054,
qui vaut toujours une curieuse et substancielle rente forestière aux habitants de Dabo,
agréable station mosellane d'été, qui éparpille ses nombreux hameaux dans un beau
paysage de prairies et de forêts aux confins de la Lorraine et de l'Alsace.En tout cas,
les habitants issus d'ascendants domiciliés dans l'ancien comté de Dabo avant la fin de
1792 continuent de percevoir chaque année des "bois dits bourgeois". Il s'agit
de l'attribution gratuite, a chaque ménage, de huit sapins (quatre seulement pour les
veuves) "sains et vifs" de 40 à 45 centimètres de diamètre. Les heureux
bénéficiaires vendent généralement ces bois en décembre aux négociants et
bénéficient ainsi d'une rente qui approcha les 3000 francs l'an dernier.
L'administration forestière n'est pas parvenue à obtenir l'abolition de ce curieux droit
d'usage dont l'origine repose pourtant sur un faux. Issue d'ancien usage féodaux, pris
par les comtes de Dabo pour attirer et maintenir des colons sur leurs terres, cette
concession ne se transforma en droit d'usage quà partir de 1808. A cette date le notaire
de la commune voisine d'Abreschwiller présenta une copie certifiée par lui comme étant
conforme à un titre de 1613 qu'il aurait découvert, lequel titre aurait défini
exactement les droits que le comte de Dabo reconnaissait à ses sujets. L'administration
des Eaux et Forêts a pu démontrer que l'acte du notaire était un faux; elle a néamoins
perdu le procès qu'elle avait intenté à la commune. Un arrêt rendu en 1905 par la cour
d'appel de Colmar a bien reconnu le faux, mais a admis qu'il avait eu et qu'il conservait
une valeur d'usage. Cette interprétation davait être confirmée ultérieurement par la
cour de Cassation. Il en a résulté pour l'administration des Eaux et Forêts
l'obligation - l'une des plus belles de l'Est - puisqu'elle continue à subir cette
saignée annuelle. C'est d'ailleurs une des tâches les plus énormes du service forestier
nancéen : réaliser la conversion de 215.000 ha de taillis sous futaie des forêts
communales, dont l'état médiocre n'est pas dû au sol mais à la pratique des affouages
(1), moins exigeants toutefois que les droits d'usage de Dabo. Admise à force de
persuasions, cette conversion, qui n'est pas terminée, n'a malheusement été amorcée
que tardivement. Il s'agit poutant d'une fraction importante de la forêt lorraine,
laquelle s'étend sur un peu plus de 850.000 ha (soit 36% de l'ensemble du territoire
régional et 7% de la superficie forestière française). Mais les productions de cette
forêt restent insuffisamment exploitées sur place. Un récent débat aux assemblées
régionales a montré que le secteur "bois" pourrait créer un minimum de 2.000
à 4.500 emplois nouveaux d'ici 1980.
(1) Droit de prendre du bois de chauffage ou de
construction dans une forêt dont on n'est pas propriétaire.
(René BOUR dans LES ECHOS du 18/05/1978.) |